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trent aventure

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TRENT

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Carte Mère
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Lien direct Le 28 Septembre 2003 à 18h46

ba pouzy ma trouver ca j'ai lu le premier chapitre et une parti du 2

( cette fois c'est les vrai nom meme trent ct dans l'original )

aller bonne lecture Clin d'oeil

Dix mille dollars pour la Une


Première partie : Un job presque parfait.



1. L'enseignement du sandwich.

La bouche à demi-ouverte, Trent tentait d'avaler une bouchée supplémentaire de son sandwich poulet-ketchup. D'habitude, le goût sucré de la sauce tomate chimique, légèrement sucrée, se mariait bien avec la graisse odorante du poulet de batterie, mais aujourd'hui, tout semblait différent.

Il n'avait plus de job depuis trois mois déjà. Le téléphone était coupé depuis un mois, et il payait ses factures d'épicerie avec des chèques sans provision. Le propriétaire de son appartement minable menaçait de venir le voir pour lui extorquer par la force, s'il le fallait, le loyer de deux mois, ou son bien. En clair, soit-il payait, soit-il partait voir ailleurs. Sous un pont, par exemple.

Trent Mardon feuilletait de temps en temps des journaux qui proposaient toutes sortes d'emplois. Mais son oeil distrait se concentrait plus sur les annonces qui souhaitaient des employés sans qualifications notables (sauf si plongeur dans un établissement peu fréquentable en était une) et dépourvus de sérieux.

Les quotidiens, hebdomadaires ou mensuels s'empilaient donc sur la table bancale du salon de son trois pièces plein de rat, dont le plus gros se faisait passer, sans scrupules, pour un propriétaire bien mécontent de son locataire.

Cela n'était tout de même pas suffisamment alarmant pour qu'il s'attèle à reprendre des études, aller à la soupe populaire, ou se prostituer dans Bitchey street. Trent se contentait donc de brûler les lettres de factures qu'il recevait par paquets de dix, les « bons » jours seulement, et de manger des sandwichs poulet-ketchup.

Il se leva de son fauteuil grinçant pour aller éteindre la lampe qui brûlait inutilement, puisque le soleil réapparaissait. Son frugal repas encore à la main, il se laissa retomber dans son antique siège. Sans trop y penser, il porta le morceau de pain rougie par la tomate à sa bouche. Il n'eût même pas le privilège d'y mordre, l'odeur suffit à lui donner la nausée.

Mardon brava tout de même son estomac et regarda le sandwich dans le blanc des yeux : Un morceau de volaille d'une couleur douteuse, à moitié grignoté, pendait d'entre deux langues de pain cramoisi.

Cette vision retourna l'estomac de Trent. Il se leva précipitamment et courut vers le lavabo de la cuisine. Cétait un de ces meubles qui ne semblent jamais savoir quel côté choisir pour s'écrouler, et des éclaboussures noires le zébraient, aux endroits où l'émail avait explosé.

L'homme était penché au-dessus, ses cheveux châtains lui barrant les yeux. Sa bouche ouverte en un spasme de douleur acide ne laissait plus passer qu'un mince filet jaunâtre. Il tourna la poignée gauche du robinet, et un peu d'eau à peine tiède lui aspergea les mains. Il exposa son visage, puis sa tête entière au jet qui prenait un peu de puissance, grâce à un locataire de l'immeuble qui avait éteint sa douche. Las, Trent éteignit le robinet en acier détrempé, et se dirigea vers la salle de bain. Il y trouva une serviette éponge passablement sale, mais qui attendrait bien trois semaines pour être lavée. Son visage essuyé, il s'employa à peigner méthodiquement ses cheveux en arrière, en une vague imitation des malfrats Portoricains qui peuplaient sa rue. Mardon rinça son peigne en plastique, et retourna dans la salle à manger.

Tout ce que les alertes précédentes n'avaient pu faire, un simple sandwich de trop le fit. L'adepte du poulet-ketchup à la Mardon s'encouragea mentalement. Il décrocha son manteau rapiécé de la patère branlante et sortit de son appart miteux en fermant précautionneusement sa porte : La seule chose de valeur qui lui restait encore était un toit. Troué et un peu passé, sans aucun doute, mais un toit quand même.

Il pouvait peut-être compter aussi son courage, qui venait de se réveiller, pour un temps indéfini.

Heureusement qu'un sandwich de passage dans son estomac le lui avait soufflé à l'oreille.

2. Les poubelles sont des kiosques à journaux.

Trent évita le concierge de l'immeuble, de peur que lui aussi lui réclame son dû.

Josh O'Miter lui avait en effet prêté dix dollars, parce que le locataire fauché devait aller acheter à manger, un vrai repas cette fois, et trouver un boulot convenable. Mais Mardon avait préféré s'offrir une bouteille de ketchup et un bon poulet rôti. La monnaie qui restait était passée dans l'achat de quelques journaux d'offres d'emplois, histoire de dire qu'il avait vraiment essayé de dénicher ce qui devait être LE travail en or.

Depuis, Josh ne l'avait jamais revu. Trent n'avait pas lair de s'en vouloir énormément, et sortit du bâtiment en regardant autour de lui. Personne à droite, personne à gauche. Le manque d'argent et le besoin quasi vital d'en réclamer peut rendre un tantinet paranoïaque.

Il pouvait en témoigner.

Le plus grand parc de la ville se trouvait un peu après le centre des affaires. Il traversa cette artère économique avec la même appréhension que d'habitude : Il n'aimait pas le regard qu'avaient ces gens riches et assommés par les responsabilités, lorsqu'ils posaient les yeux sur un pauvre type comme lui.

Il marchait vite, la capuche sur la tête, les yeux aux sols. Mais quand il repérait le claquement de talons hauts, il levait tout de même les yeux, non pas pour se rincer l'oeil (du moins, pas entièrement) mais pour réclamer l'aumône. Les femmes semblaient plus réceptives à la misère. Il suffisait d'être présentable, poli, et assez attirant, pour arriver à leur soutirer un billet.

L'air de chien battu fonctionnait aussi à merveille. Trent se rappelait la fois ou une femme en tailleur chic, un de ceux qui coûtent sûrement dix fois plus que le loyer de son appart, lui avait tendu un gros billet de vingt dollars en lui disant de s'acheter à manger et de nouveaux vêtements pour trouver un métier. Personne n'avait l'air de se douter qu'il ne voulait pas d'un job, et qu'il préférait manger un bon sandwich poulet-ketchup, qu'un plat cuisiné (portant un nom écrit en français de préférence) dans un restaurant chic. Il avait donc empoché le billet vert avec un remerciement non-feint, et était parti s'acheter une glace quatre boules, avant d'aller se faire une toile.

Cependant, aujourdhui était un autre jour. Un jour de courage et de bonnes résolutions. Il ne leva donc pas la tête lorsqu'une femme passa en trottinant près de lui. Mieux valait ne pas tenter le diable. Pas de glace en ce jour marqué par les efforts d'un gars qui voulait s'en sortir.

Trent jeta tout de même un coup d'oeil par-dessous sa capuche, pour voir s'il arrivait enfin à destination.

Les allées sombres de Lakes Park se dessinaient à environ deux cent mètres. Mardon inspecta sommairement les alentours. A cette heure-ci, les gens mangeaient encore, ou faisaient leur sieste. Les rares promeneurs ou joggers étaient soit des gens sans emplois, comme lui, soit des retraités. Il y avait aussi les habituels adolescents sécheurs de cours et fumeurs de hash qui refaisaient le monde sur la pelouse pleine d'immondices et dexcréments de chiens ou d'humains.

Le parc n'était pas vraiment un îlot de verdure épargné par l'urbanisation galopante, mais les quelques brins dherbes qui pointaient ça et là à travers la couche de crasse et les arbres couverts de graffitis créaient une atmosphère reposante. Si reposante que la plupart des détrousseurs de grands-mères pullulaient, malgré les contrôles de police et la présence de quelques caméras de surveillance. De temps à autre, un gosse, parti à la recherche d'une balle de base-ball tombée dans des buissons, trouvait en fin de compte un macchabée, victime dun règlement de compte.

Tout cela ne semblait pas troubler Trent Mardon, qui marchait d'un pas tranquille sous les platanes dénudés par l'automne. Il cherchait de quoi trouver du travail, et il se baissa pour ramasser un journal plié. Il devait être tombé de sous le bras d'un homme d'affaires pressé. Bien que ces requins de la finance évitent généralement les coins comme celui-ci. Trent le déplia et s'aperçut qu'il sagissait du God Gold Tribune.

Il pouvait se vanter d'avoir de la veine : Un journal qui n'était pas une feuille de chou sur le boursicotage, et une équipe de nettoyage qui ne faisait pas son boulot n'était pas chose commune à Lakes Park. Car le maire tenait à faire balayer les splendides allées du seul grand parc de la ville, pour attirer des gens recommandables. Les techniciens de surface le prenaient au mot, et astiquaient méthodiquement les chemins gravillonnés. Ils ne pensaient pas vraiment à essayer de récupérer le gazon maudit. Et le maire ne se sentait pas assez courageux pour leur imposer une épreuve pareille.

Trent tourna les pages du journal et arriva enfin aux petites annonces. Il les parcourut rapidement, mais ne trouva rien de plus alléchant qu'une place pour être videur au cinéma de Franklin avenue.

Il n'avait ni la carrure, ni l'étroitesse d'esprit pour ça : Il était un resquilleur de première qui se glissait dans les salles obscures, sous des prétextes fallacieux. Il jeta le journal où il l'avait trouvé, en pensant à juste raison qu'il fallait bien laisser du boulot aux employés de la mairie. Puis il visa la poubelle la plus proche de lui.

Au tout début, il se sentait un peu comme l'oncle Picsou, quand celui-ci cherche des journaux de la semaine dans les poubelles, au lieu de les acheter. Mais il s'était rendu compte très vite qu'il n'était pas un canard plein aux as. En fait, il avait autant de sang de canard dans les veines qu'il était multitrilliardaire

Il inspecta la poubelle qui débordait de saloperies diverses. Dune main peu assurée, il écarta des restes de frites pleines de moutardes, et un préservatif, en se demandant avec dégoût si celui-ci avait servit. Il tria encore quelques pelures de légumes, et même un bouquet de roses rouge fanées, puis abandonna sa poubelle. Il préférait de loin arpenter le parc pour ramasser son journal par terre. Les quelques promeneurs du début d'après-midi désertaient les lieux, remplacés par les balayeurs de feuilles de la ville. Trent devait donc faire vite s'il ne voulait pas être obligé de se remettre à fouiller dans les cochonneries. Il alla donc vers des lieux généralement plus prometteurs, comme un chasseur va vers ses coins à gibiers.

Là, quelques imprimés traînaient paresseusement, à peine secoués par la brise fraîche de ce mois d'octobre. Tous semblaient vieux de plusieurs jours, et Trent allait abandonner ses recherches pour retourner chez lui, manger un bon sandwich graisseux, ou faire la manche dans le quartier des affaires, lorsqu'il tomba nez à nez avec une affichette jaune. Elle était de la même taille que celles qui sont parfois accrochées aux tableaux pour petites annonces des magasins. Il la retourna doucement et lu les premières phrases à voix hautes :

- Recherche homme de confiance, sans qualifications précises, trop sérieux s'abstenir, une seule prestation demandée, pour une paie de...

Sa voix mourut sur le chiffre. Un original demandait le parfait paresseux pour faire un job presque relaxant, d'après l'annonce, et il donnait en plus dix mille dollars. 10.000 $ Américains ! Une brouette de billets verts ! La stupéfaction passée, Trent s'interrogea sérieusement. Ce devait être une blague, ce n'était pas possible... Qui irait payer une somme pareil pour un boulot correct, sans anicroches ? Qui recherchait-on ? Un tueur à gages, un gigolo de luxe, ou un pauvre type trop crédule à plumer ?

Après tout, il n'avait pas grand chose à perdre, si ce n'était une bouteille de ketchup à moitié vide. Il relut l'annonce dans sa tête, allant cette fois-ci jusqu'au bout de l'imprimé. Il n'y avait pas plus de précision sur la tâche à effectuer, ni sur les modalités de paiements, ou sur le personnel recherché. Seule une adresse pouvait constituer un indice. Trent la lu à voix haute, comme pour s'imprégner de la teneur en vérité du document :

- 111 Maccaris avenue, God Gold.

Une annotation attira son oeil. Quelqu'un avait griffonné maladroitement la phrase suivante :

« Demandez Mr. Gemmer, il vous aura ce boulot. »

Un promeneur avait sans doute perdu cette affichette, qui lui était destiné, et à lui seul. Mais Trent ne se laissait pas décourager si facilement. Peut-être que ce promeneur avait jeté ce papier, et ne voulait pas de ce travail. Peut-être aussi qu'il pouvait devancer le destinataire de ce mot, puisqu'il avait l'adresse et le nom de ce gars combinard, Gemmer. Après tout, rien ne lui interdisait de se rendre à cette adresse, et de demander ce gars. Si on l'accueillait à coup de Winchester, il s'en irait sans mot dire, ou les pieds devant. Et si ce n'était pas une farce, il ferait le job, empocherait le fric et commencerait une nouvelle vie en achetant un appartement.

Il ne lui vint jamais à l'idée qu'il pourrait repartir les poches vides, ou finir derrière les barreaux. Trent Mardon était un rêveur. Et ces gens-là n'envisagent que les situations extrêmes.

Soit-on lui proposait un métier agréable, légal, et tout à fait « clean », soit-on lui donnait un homme politique à abattre ou une vieille et laide cochonne à satisfaire. Cependant, Trent sentait que ce morceau de papier jaune pouvait lui apporter des bonnes choses. Il l'empocha donc et prit la direction de Maccaris avenue.

La journée n'était peut-être pas de si mauvais augure après tout ! Si le résultat de sa quête s'avérait être profitable, il remercierait les restes de son repas du midi.

Il marchait d'un pas vif dans les rues du centre de la ville, et lança son regard de noyé qui demande de l'aide à une jeune femme habillée très chic. Celle-ci le foudroya de ses yeux gris-orage, en croyant que ce pauvre lui faisait de l'oeil. Puis elle marcha plus vite, faisant claquer ses talons aiguilles sur le trottoir crevassé de Longday street, la rue qui donnait sur l'avenue Maccari. Trent suivit son déhanchement des yeux en se disant qu'il valait mieux ne pas chercher à comprendre ce qui se passait dans la tête de ces bourgeoises huppées.

Il déboucha dans la grande avenue au numéro 53, qui était un magasin d'armes. Sur toute sa longueur, cette artère n'hébergeait que très peu de commerces, en diversités. Il y avait les magasins ou l'on vendait des armes pour presque rien, et en toute illégalité, les sex-shops et clubs échangistes en tous genres et pour tous les goûts, et les braves vendeurs de fruits et légumes, qui abritaient en arrière-boutique un trafic de drogue dure, ou de faux papiers.

Une échoppe à la droite de Trent vantait la rapidité de ses services :

- Carte didentité et permis de conduire express ! Une heure et 500 $ !

- Visa et passeport ; délais : deux jours ; prix : 1000 $ !

Les flics ne s'aventuraient jamais dans cette avenue.

Sauf s'ils cherchaient à se suicider, ou à se voir pendu par les couilles sous l'enseigne d'un tatoueur. Mardon arriva enfin au numéro 111. Le soleil éclaira la vitrine passée au blanc d'Espagne, ainsi que la lourde porte cloutée. Tout semblait prédisposer ce lieu à être le théâtre de la magouille du siècle.

3. Confiance est mère de 10.000 $.

Trent aspira une bouffée d'air vicié et appuya sur la sonnette.

L'avenue semblait s'agiter à un rythme ralenti. La nuit s'annonçait, et les rares piétons rentraient vite chez eux. Si Maccaris avenue était peu fréquentable de jour, il n'en était rien comparé aux frayeurs nocturnes qu'elle pouvait engendrer.

God Gold n'était pas une ville tranquille, seul le quartier des affaires pouvait aspirer à une paix durable. Les flics postés à chaque coin de rue en étaient sûrement la cause.

Les commerces qui semblaient aussi blanc que neige avant vingt heures, se transformaient radicalement. On sortait les armes sans port d'arme, les marchandises volées, les explosifs, et tous les autres produits qui se vendent parce qu'il y a des gens pour les acheter. L'Etat peut toujours geindre et se plaindre, si de tels réseaux de vente existent, c'est parce que les gens en ont besoin.

Et on ne peut pas freiner l'essor de la société de consommation. Prohiber, c'est un peu aller contre les droits de chaque consommateur.

Trent fut tiré de ses pensées, par un bruit de pas provenant de derrière la porte.

Une voix rauque se fit entendre :

- C'est pour quoi ? Je vous préviens d'avance, ici nous ne faisons pas de prostitution, pas de vente de drogues, rien d'illégal.

Mardon pouffa sans chercher à se retenir, en se disant que si l'on cherchait à berner les flics de cette façon, c'était sans doute la meilleure qui soit. La voix de buveur de rhum bon marché sembla intimidé par le petit rire moqueur de Trent. Elle reprit néanmoins sa litanie :

- Ecoutez, ce que je dis est vrai, nous ne vendons...

Trent le coupa aussitôt, en disant la phrase magique :

- Je ne suis pas de la police, et je ne viens pas vous contrôler. De toute façon, quel flic serait assez fou pour s'aventurer dans Maccari, la nuit ?

La voix ne répondit pas à cette question purement rhétorique. Trent enchaîna donc, plus en confiance :

- Je viens pour l'annonce. Vous savez, le job

L'homme qui se tenait de l'autre côté de la porte ne répondait toujours pas. Mardon en vint à se demander si tout cela n'était pas qu'une gigantesque farce. Il était peut-être en train d'asticoter un gorille de la maffia du coin.

Il allait partir, mais il voulut tenter une dernière chose auparavant :

- Je voudrais voir Mr Gemmer.

La porte s'entrouvrit alors de quelques centimètres. Un oeil vert le scruta de haute en bas, détaillant son costume de clochard amateur. Puis il ouvrit entièrement le battant, laissant entrer Trent dans une pièce presque vide de tout mobilier.

Le gardien se contenta d'une seule question, laquelle troubla Mardon un instant :

- Vous êtes vraiment fauché à ce point ?

Il poussa ensuite un petit « tsss » tout à fait méprisant, en indiquant une porte entrouverte au fond du couloir obscur. Trent avança doucement sur une moquette d'un gris uni, orné de motifs vaguement désordonnés. En tout cas, l'endroit semblait à peu près propre, et assez bien décoré. Mais il n'était pas là en temps que décorateur, surtout avec son attrait fortement prononcé pour le mauvais goût. Il avança vers la pièce que lui avait indiqué le cerbère.

Une nappe de fumée sortait paresseusement de l'interstice formé par l'entrebâillement de la porte, et l'odeur du cigare asticota les narines de Trent.

Il poussa délicatement la porte, sans prendre la peine de frapper.

Il n'avait jamais eu de manière, pourquoi aurait-il du commencer aujourdhui ?

Un petit homme un peu rabougri dans son large fauteuil se tenait derrière un bureau modeste et chichement décoré. Il avait du être grand et fort comme un boeuf. Mais l'âge avait transformé ses muscles de pierre en vieux chewing-gums tout mous. L'homme leva la tête instantanément. Il avait le visage ridé et crevassé par les épreuves de la vie et les cigares. Trent su alors qu'il s'agissait bien de Mr Gemmer en personne.

Intimidé par l'impression que ce vieil homme possédait encore une importante puissance, il s'inclina légèrement et dit alors :

- Bonjour Mr Gemmer, je viens pour le travail de l'annonce.

L'interpellé laissa volontairement passer une dizaine de secondes ponctuées par le silence. Trent en profita pour s'asseoir dans le petit sofa qui faisait face au vieil employeur.

Le culot de ce jeune chômeur, à l'allure « j'm'en foutiste », limite tapette de hippy, surpris un instant Tim Gemmer.

Ce bon vieux Thimotee, qui allait friser les soixante-dix ans, mais qui en paraissait quatre-vingt dix, à cause du train de vie qu'il avait mené dans sa jeunesse, comme il appelait mélancoliquement le temps pas si lointain où il savait quand il devait aller aux gogues. Il se décida à remettre ce sans-gêne à sa place. Il avait été un peu comme ça, vers ses vingt ans. Insouciant de ce que les autres pouvaient penser, voyant l'avenir avec confiance, malgré les nombreux échecs déjà essuyés. Mais il avait vieilli, il ne fallait pas se leurrer. Il était devenu un vieillard grincheux, et se disait parfois qu'il aurait mieux fait de mourir plus tôt.

La vie méritait parfois d'être plus courte, pour ne pas se voir devenir repoussant, dépendant de soins médicaux, de couches, mais surtout râleur et boudeur, comme un gosse trop gâté. Gemmer prit la parole :

- Je ne vois pas vraiment de quel emploi vous voulez parler.

Le silence s'installa de nouveau durant quelques secondes gênantes. Du moins gênantes pour Tim Gemmer, qui ne comprenait pas pourquoi cet espèce de rebelle ne se sentait pas plus concerné que ça. Il regardait le mur, stoïque, ou bien totalement idiot.

- Tu m'écoutes petit con ?

Tim éprouva un certain plaisir à voir le jeune tourner la tête pour regarder avec curiosité ce vieillard qui semblait si impotent, et en même temps si féroce par moment. Tim Gemmer fut encouragé à poursuivre :

- J'ai bien un boulot à proposer, mais je ne vois pas où tu en as entendu parler. Tu ne semble pas du coin, mais tu n'es tout de même pas un fils à papa. Ce qui est sûr, c'est que tu as besoin de ce fric. Et les gens de ton espèce sont les plus sûrs, pour un job de ce genre.

Trent hocha la tête, comme pour approuver le choix hypothétique du vieillard.

Il se lança alors, profitant d'un blanc dans l'argumentation de Mr.Gemmer :

- Je m'appelle Trent. Trent Mardon. Je suis au chômage depuis trois mois, et j'ai besoin de ce job. Je l'accepte, quel qu'il soit. Sauf si je dois me transformer en gigolo bon marché, ou en tueur au rabais. Dites les conditions pour lesquels vous m'engagez, et j'exécute ce travail.

Gemmer se passa la langue sur ses lèvres crevassées. Sans un mot, il tendit à Trent un dossier, composé dune cinquantaine de feuilles. Mais avant qu'il puisse s'en saisir, Gemmer les ramena à lui. Il posa alors ses conditions :

- Je veux que tu remplisses ce dossier sans poser une seule question. Je ne tolérerais aucune case vide. Ton job est simple. Tu hoches la tête, et je te passe le dossier. Tu le complète, et tu repars avec 10.000 $.

Trent sembla être perplexe un instant, puis retendit la main avidement. Voyant que le vieil homme ne voulait pas le lâcher, il opina furieusement du chef, et sembla presque dément. Tim Gemmer ouvrit la bouche à nouveau, comme pour faire enrager Trent :

- Tu le remplis de véritables données. Je ne veux pas de fausses indications. Pas de souvenirs flous. Saches que tu ne touchera pas ta paie en entier si je sais que tu mens. Je peux vérifier, mais je perdrais un temps précieux. Alors fais-moi confiance. Fais confiance à quelqu'un au moins une fois dans ta vie.

La dernière phrase remua Trent. Il n'avait jamais réalisé qu'il lui arrivait de repousser toute aide, sous prétexte qu'il navait confiance en personne, sauf lui. Il hocha à nouveau la tête, et attrapa un crayon qui était posé sur un coin du bureau. Il voulait vraiment remplir ce dossier du mieux qu'il pouvait. Il voulait prouver à ce vieil inconnu magouilleur qu'il savait se reposer sur les gens qu'il croyait honnête. Il ne se demanda qu'une seule fois quelles sortes de renseignements pouvaient valoir autant de fric. Il n'avait accès à aucun dossier estampillé « TOP SECRET » et n'avait jamais été invité à boire le thé à la maison blanche. Il tendit à nouveau le bras, et regarda Gemmer dans les yeux. Le vieil homme vit qu'il pouvait lui donner le dossier en toute quiétude : Il le retrouverait remplit sans erreurs ou mensonges.

- Je vous promets de remplir ceci sans mensonge, déclara Trent sérieux et convaincu. Je vous crois pour le fric. Je sais que je peux le faire.

Il pensait en fait qu'il n'avait pas le choix. Il n'avait plus l'avantage de l'offensive, il DEVAIT croire ce qu'avait dit le vieux Gemmer. Et pour la première fois de sa vie, il fit confiance à quelqu'un d'autre qu'à sa propre personne.




4. Un job facile.
Ce bon vieux Mr.Gemmer donnait 10.000 $ pour remplir un simple dossier.

De plus, il s'agissait de questions personnelles, aucunes connaissances scientifiques ou littéraires n'étaient requises. Mais certaines réponses étaient dures à poser sur papier. Surtout sous le regard d'un homme qui vous promet une paie colossal pour quelques feuilles remplies.

Parfois, Trent observait Tim à la dérobée, et croyait voir dans ces vieux yeux entourés d'une mer de rides, une lueur de carnassier satisfait. Une de ces petites lumières que les escrocs arborent volontiers après avoir plumé un quelconque pigeon. Il préférait ne pas y penser.

Deux heures, pas de mensonges, et une montagne de billets verts d'un dollar, voilà ce à quoi il se forçait à se rappeler.

Les questions posées pouvaient sembler ridicules, tordues. Comme la numéro 22, par exemple.

On demandait à Trent de répondre par l'affirmative ou la négative à ceci : « Avez-vous déjà nourri des pulsions de meurtres envers un être humains ? ». La 23 la complétait bizarrement : « Et envers des animaux ? ». Mardon prit quelques secondes pour réfléchir et cocha la case « oui » à deux reprises.

Il avait songé un jour à tuer un de ses camarades de classe. Il s'appelait Jack Omster, et avait pour passion de passer son temps à titiller Trent. La plupart du temps, il se contentait d'insultes. Elles ne faisaient aucun mal physique, mais pouvaient blesser à vie. Ainsi, le jeune homme se rappelait une réplique particulièrement blessante : « Eh, idiot, qu'est ce que t'as à me mater comme ça ? T'es une pédale ma parole ! Si tu veux, j'te fais une passe moitié prix mon chou ! ». Aux gloussements semi-bestiaux de Omster, s'étaient joint des rires de toute la classe. Trent avait battu en retraite, rouge de honte, de colère, et peut-être de peur.

Ce Petit caïd était tellement taré qu'il disait peut-être la vérité... L'esprit tourmenté de Trent n'avait aucune peine à imaginer Jack se cachant au coin de la ruelle Illot, le chemin qu'il empruntait chaque jour pour aller au collège. Il se voyait tabassé jusqu'à une sorte d'hébétement, puis la petite frappe passerait aux choses sérieuses en le violant sauvagement, le laissant-là, brisé, et tellement choqué qu'il ne pourrait pas pleurer. A l'époque, il s'attendait vraiment à cela. Son cerveau à moitié rendu malade par les insultes d'Omster. Sa peur était bien sûr sans fondements. Comme dans la plupart de cas identiques, l'idée n'avait même pas effleuré Jack. Ce qui n'empêchait pas Trent de songer sérieusement à la façon dont il pourrait tuer le garçon, et cacher le corps ensuite. Puis cette marotte légèrement malsaine lui était passée, en même temps que son changement de classe, et le départ de jack Omster pour un établissement spécialisé dans l'éducation de jeunes (et sans doute futurs) délinquants.

Il avait aussi songé à descendre un chat, une fois. C'était un vieux matou pelé, et prêt à égorger le pape pour une assiettée de nourriture chaude. Il avait eût le malheur d'engloutir les deux souris blanches du petit Trent, après s'être introduit par la fenêtre ouverte. L'histoire aurait pu en rester là, si le vieux chat était reparti pour de nouvelles aventures toutes aussi passionnantes.

Mais rien ne se déroule comme il le faudrait.

Le félin s'était lové sur le couvre-lit de Trent Mardon, dix ans. Celui-ci était rentré deux heures plus tard, d'une partie de football. Il avait dans l'idée de nourrir ses chères souris, et avait constaté avec horreur que la cage gisait à terre, vide, et démantelée. L'idée que ces souris fussent mortes, dévorées vives par un chat de gouttière affamé ne lui vint pas à l'esprit de suite : Dans sa précipitation, il n'avait pas remarqué la boule de poil malpropre confortablement installé sur le lit. Il crut tout d'abord que les rongeurs s'étaient enfuis, par un de ces petits miracles domestiques.

Puis, lorsque ces recherches avaient amené son regard sur sa couche, il avait compris. Le chat miteux, sans aucun doute plein de puces, qui dormait en ronronnant sur son lit s'était tapé ses souris en repas express, sans le moindre remord. Trent ne put se contrôler. Il avait saisit la bête des deux mains et l'avait lancé de toutes ses forces de garçonnet contre le mur le plus proche. L'animal s'était réveillé et avait cherché la fenêtre pour tenter de fuir. Mais son réveil en sursaut, et le choc à la tête l'avait un peu désorienté. Le vengeur des souris oppressées en avait profité pour bondir sur lui et tenter de l'étrangler de ses deux petites mains. Il avait semblé avoir le dessus pendant trente secondes. Durant lesquelles le chat perdait peu à peu sa vie. Il n'avait pas lutté jusqu'à là, encore surprit de ce retournement de situation insolite. Puis, lorsque des armadas de puces commencèrent à quitter ce corps bientôt inerte, il se mit à gigoter dans tous les sens, balançant ses griffes au hasard, sa vue étant troublée par la pression sanguine. Une de ces pattes atteignit Trent à la main, et l'entailla assez profondément. Il poussa aussitôt un petit cri et lâcha prise un instant. Suffisamment cependant pour que le matou s'échappe en poussant des miaulements rauques de sa gorge gonflée.

Longtemps après, il sentait toujours qu'il avait été proche de la folie ce jour-là. Bien sûr, les émotions mises en jeu étaient fortes, mais de là à tenter d'étrangler un chat puant à mains nues !

Les autres questions étaient du même style, parfois choquantes, souvent dérangeantes.

De l'une à lautre, Trent levait les yeux, et observait Mr.Gemmer.

Celui-ci ne pipait mot, et s'évertuait à fumer ses infâmes cigares, en dépit de la toux qui le secouait par instant. Il était déjà plus de sept heure du soir, et Mardon avait une petite faim. Presque aussitôt, Gemmer frappa des mains, et son gorille mal embouché apparu soudainement. Tim lui commanda deux hot dogs accompagnés de légumes, ainsi que d'une bière, une Bud de préférence. Trent se demanda s'il fallait qu'il quémande un peu de nourriture, ou s'il valait mieux qu'il se taise, histoire d'avoir plus de chance de palper un jour ces 10.000 $.

Il fut bien inspirer de ne rien dire, car dix minutes plus tard, le gorille, qui se faisait appeler Al par Mr.Gemmer, posa devant lui le plat commandé plus tôt. Le vieux devina alors les pensées de Trent :

- Ne me remercies pas, ne me rembourses pas. Considères cela, comme ta première paie, ou ton cadeau de bienvenu.

Le jeune homme hocha la tête rapidement, sans prononcer le moindre « merci ». Puis il porta le premier chien chaud à sa bouche, sans plus de formalités. Un quart d'heure plus tard, et une douzaine de pets muets, que l'odeur du cigare couvrait totalement, il posa la canette de bière vide et se remit au travail.

Il ne lui restait plus qu'une centaine de questions. Il regarda la pendule murale, et décida qu'il aurait finit avant huit heures trente. Il fut même en avance sur son horaire. Tim Gemmer le regarda, satisfait du boulot accompli. Il s'empara du dossier tout frais complété, et le parcouru rapidement, caressant les cases cochées du bout de ses doigts jaunis par le tabac. Puis il remua la tête, en un signe de contentement.

- Tu as fait du bon travail (il regarda la page de garde du dossier) Trent. Tu permets que je t'appelles ainsi ?

L'interpellé bredouilla un « oui » et attendit la suite des paroles de son sauveur.

- Bien, je vais te donner l'avance promise. Tu ne seras peut-être pas retenu au final, mais...

Trent le coupa vivement, dune voix inquiète, et qui se voulait menaçante :

- Vous voulez dire que le boulot n'est pas terminé ! Vous m'avez demandé de vous faire confiance, j'ai répondu à des questions du style « vous est-il déjà arrivé de trouver un lapin dépecé sexuellement excitant » et vous m'annoncez d'un ton neutre que je ne serais pas retenu ! Mais de quoi vous parlez ? Vous vous foutez de ma gueule ?

Gemmer, qui manifestement en avait vu bien d'autres dans le même cas, et dans ce même bureau, ne cilla pas. Il répondit de ce même ton posé qui agaçait tant Trent :

- Tu sauras ce que je voudrais bien te dire, c'est compris ? Le job vous sera expliqué si tu es retenu. Je n'ai rien à te dire de plus pour le moment. Prends cette avance, ou cette somme, si tu ne conviens pas, et barres toi. On te contactera, si besoin est.

Il fit alors glisser une liasse de billets de cinquante et de vingt sur le bureau ciré. Comme il vit que Trent allait rajouter quelque chose, ou plutôt tenter quelque chose, il ajouta :

- Al se trouve juste derrière la porte. Essayes de m'étrangler, de m'insulter, de me voler, et tu te retrouves dehors, le nez dans l'anus. Si toutefois Al est de très bonne humeur.

Mardon sentit qu'il valait mieux ne pas insister. Il bredouilla à nouveau quelque chose qui ressemblait à « merci beaucoup, au revoir », ramassa la liasse, et se leva pour sortir de la pièce. Gemmer n'ajouta rien d'autre, et Trent parti donc, un léger goût d'impuissance à la bouche, à voir ce vieillard si maigre et si fragile enfoncé dans son siège, avec un regard narquois sur le visage.

Il eût un frisson incontrôlable quand le fameux Al s'effaça pour le laisser passer dans l'étroit couloir : Il se tenait bien derrière la porte, comme l'avait dit Tim.

Il tira la porte par laquelle il était entré, et sortit dans l'obscurité naissante. Il n'avait alors qu'une envie, rentrer chez lui, se reposer, et compter son argent au réveil seulement. Il ne tenait pas à être en train de faire un de ces rêves de richesse stupide. En fait, il ne voulait surtout pas se réveiller avec les poches aussi vides que le regard d'un aveugle de série B.

Les dernières enseignes diurnes disparaissaient à vue d'oeil. Un brave homme, à première vue, qui portait une blouse bleu de vendeur avant huit heures, était maintenant habillé d'une minijupe moulante, et se tenait devant un panneau volumineux qui proclamait que l'on trouvait chez lui les meilleurs travestis de ce coin-ci de l'enfer. Trent se dit alors qu'il se devait de presser le pas et de sortir à tout prix entier de ce quartier sans flic, mais sans paix. Comme quoi...

5. Petit-dèj de luxe.

Il se réveilla en un meilleur état d'esprit le lendemain. Il était passé acheter une bouteille de whiskey au magasin du coin, avant de dormir. Son aventure peu ordinaire dans Maccaris avenue lui avait donné soif. En fait, il avait la gorge tellement sèche qu'il aurait pu poncer les irrégularités du bureau de Mr.Gemmer avec.

Il avait vaguement entendu parler du foutoir qu'était l'avenue, la nuit, mais aussi le jour, mais il n'aurait jamais pensé que cela pouvait être à ce point. Les racontars voulait que les flics ne s'aventurassent sous aucun prétexte dans ce coin-ci, sous peine des pires sévices corporels. Toutes ces légendes saugrenues ne méritaient pas une attention particulière, pas plus que les griffons, les harpies, ou l'honnêteté des hommes politiques.

Mais la traversée avait été invivable. On l'accostait à tous les coins de rues.

Ici, une prostituée laide à faire fuir un troupeau de culturistes en rut.

Là, un magouilleur qui remontait les manches de son costume pour exhiber au moins une dizaine de montres en or. On devait soit disant en ressortir gagnant, car on ne pouvait trouver des tocantes de meilleure qualités, et à un meilleur prix, dans le commerce normal.

Il y avait aussi les inusables dealers d'à peu près tout ce qui pouvait se fumer, s'inhaler, s'injecter et se sniffer.

Trent repéra même, sur le trottoir d'à côté, un magnifique spécimen d'exhibitionniste.

Il s'efforça de quitter le quartier d'un pas calme, sans se presser. Il pensait que tous ces gens étaient un peu comme des chiens enragés : si on montrait le moindre signe de faiblesse, de peur, ou de défaillance, ils nous sautaient dessus, les babines retroussés, et nous égorgeait avec des petits grognements d'une joie non-dissimulée. Mardon s'était donc faufilé, penaud, effrayé comme une petite souris, et avait enfin réussit à atteindre le quartier des affaires.

Le contraste fut si choquant, qu'il se demanda un instant s'il s'agissait bien de la même ville.

Dix minutes plus tôt, on se serait cru en plein Los Angeles 2013, maintenant, Dallas pointait son nez. Puis il finit par se sentir complètement rassuré, lorsqu'il croisa un bon vieux poulet. Il ne les portait pas spécialement dans son coeur, mais qui aimait les flics à la folie?

Il fut tellement heureux de voir celui-ci, qu'il lui adressa un salut amical de la main. Le gardien de la paix, blasé, s'éloigna sans le moindre sourcillement, en faisant décrire à sa matraque fluorescente des mouvements compliqués. Mais Trent ne lui en voulut pas pour ça, après ce qu'il avait vécu, il aurait pu embrasser l'arrière-train de George Bush Jr.

Enfin, non, peut-être pas quand même.

Il trouva alors opportun de s'acheter une bonne bouteille de carburant. Du whiskey ferait l'affaire. Il investit donc (à court terme) dans une bouteille de Jim Beam 18 ans d'âge. Il fallait bien fêter son job, ou, s'il n'était pas retenu, son avance. Puis il dormirait tranquillement, et conterait son argent demain.

Et ce réveil fut aussi agréable qu'il l'aurait souhaité. Il avait vidé les trois quarts d'une bouteille de tords boyaux de luxe, mais sa gueule de bois se limitait à une bouche légèrement pâteuse. Il passa sa langue sur ses lèvres desséchés, et entreprit de s'étirer. Ses os endormis craquèrent délicieusement, et il se leva, avec dans l'idée de compter son fric.

Il avait claqué un billet de vingt, pour la boisson, et le reste de la liasse, conséquente, pour ce qui ne serait peut-être qu'un simple dédommagement, était éparpillée dans la poche de son blouson. Il y glissa la main, et le toucher froid de cet argent, qu'il avait gagné la veille, lui procura une sensation de pur plaisir.

Un billet de cinquante apparut en premier, puis un de vingt. A nouveau un de cinquante, puis un de dix. Il sortait les billets verts un par un, prenant plaisir à les répartir par tas, et comptant en même temps. Il poussa un petit sifflement dadmiration aiguë, lorsqu'il défroissa un bon gros billet de cent dollars. Trent regarda pensivement le tout, et prononça à voix haute le total :

- neuf cents soixante dix dollars.

Il n'en revenait pas. Son foutu job de plongeur ne lui rapportait pas ça en un mois. Et il lui avait suffit de remplir une cinquantaine de pages, pour obtenir cette paie.

Maintenant, il pouvait rêver plus grand. Et si Mr.Gemmer le prenait, lui, pour le travail final ? S'il ratissait vraiment les dix sacs ? Il siffla à nouveau, et entreprit de refaire une liasse correcte, dans les règles de l'art, avec les plus petits billets à la vue de tous, et les plus gros bien au chaud. S'il se rappelait bien, c'était son grand-père qui lui avait communiqué ce savoir-faire. C'était dailleurs une des seules choses que grandpa Mardon lui avait apprise.

Son estomac poussa un grondement de protestation : Il n'avait rien mangé depuis son tête-à-tête avec son employeur potentiel. Sauf si le whiskey était une nourriture.

Habituellement, il se passait de petit-déjeuner, pour économiser quelques bouts de chandelles. Ou plutôt pour ne pas dépenser ce qu'il n'avait pas. Mais aujourd'hui, son organisme semblait se rendre compte qu'il venait de gagner près de mille dollars.

Trent entreprit donc de s'habiller, sans prendre la peine de se laver. Il boutonna une chemise à manche courte d'une propreté douteuse, tout en pensant à la journée qui l'attendait. Il devrait régler quelques factures, histoire de calmer les esprits échauffés, prêts à porter plainte. Il se ferait également un plaisir de clouer le bec à son imbécile de propriétaire, en allant lui porter les deux cents dollars qu'il lui devait. Le vieil arnaqueur, et probablement maquereau à ses heures perdues, pourrait peut-être faire infarctus, avec un peu de chance.

Mardon piocha un billet de cinquante de sa liasse, et la remit bien à l'abri, sous son matelas. Ce qui était un peu ridicule comme cachette, puisqu'un cambrioleur avisé regardait à cet endroit en premier.

Il sortit et referma la porte derrière-lui, après s'être assuré que ses clefs cliquetaient au fond de sa poche. Il n'avait aucune envie d'appeler le concierge, pour devoir lui rembourser ses dix dollars. Après tout, lui ne porterait sûrement pas plainte. Tout ce qu'il pouvait faire se réduisait à faire semblant de ne pas entendre Trent frapper à la porte d'entrée de limmeuble, lorsque celui-ci était fermé pour la nuit.

Il descendit les escaliers en colimaçon, parce que l'ascenseur était en panne. Pour changer.

C'est au milieu des marches qu'il se rendit compte qu'il devait être encore un peu saoul. Il s'accrocha plus fermement à la rampe collante de crasse, et continua sa descente, avec précaution.

Une fois à l'air libre, la sensation de tangage disparut quasiment. Peut-être n'était-ce que les courbes serrées de l'escalier, après tout.

Le drugstore se trouvait au bout de la rue. Le vendeur y était conciliant, et ne râlait pas quand Trent lui devait un peu d'argent. Il n'en avait donc pas abusé, car il savait reconnaître la véritable aide, quand on la lui donnait.

Par contre, il devait au moins cent dollars à Logt, l'employé du petit magasin qui était à trois rues d'ici. Ce Logt était un petit homme peu compréhensif, et ne faisait crédit qu'à contrecoeur, en pestant chaque fois qu'on lui devait un cent. Mais Trent avait tout de même réussit à lui soutirer une belle somme, à force d'arguments, et d'excuses bidons.

Mardon arriva en face du magasin de wilfred Hanratty. La toile des beaux jours était tirée, et projetait une ombre fraîche sur le trottoir sale comme l'enfer. Il entra et salua de suite Wil, qui était occupé à ranger des marchandises sur un rayon au fond de la pièce. Celui-ci se retourna, et le salua à son tour, d'une joie non-feinte. Et non parce qu'il espérait revoir son argent.

Trent entretenait avec lui des rapports amicaux, et quand il touchait la paie de son travail de plongeur, il l'invitait parfois à boire une ou deux bières chez lui. Mais les temps se voulaient durs, et il y avait quelques temps que Wilfred n'était pas venu tâter une mousse.

Trent attendit que son compagnon de beuverie finisse de ranger, pour pouvoir lui serrer la main. Il n'aimait guère ces transports d'affection, mais Hanratty était un ami, un vrai. C'était surtout son seul véritable ami. Le vendeur se retourna, et s'approcha de lui. Il s'essuya machinalement les mains sur son tablier bleu, et serra la main de Trent en lui posant une question inattendue :

- Dis, ce serait possible que tu me rembourses partiellement ton crédit ?

Voyant les yeux de son interlocuteur, il se pressa d'ajouter :

- Oh, bien sûr, si tu ne peux vraiment pas... Je m'excuse de t'accueillir comme ça, mais les fins de mois son difficiles à boucler, en ce moment. La semaine dernière, un de ces salopards de chicanos m'a braqué, et à emporté la caisse, ainsi que ma montre et mon portefeuille.

Trent vit qu'il ne mentait pas. Sa voix tremblait, rien qu'a revivre la scène du braquage.

- En plus, j'ai du investir dans un flingue, ajouta t-il, tout en découvrant un calibre 38 passé sous sa ceinture pour appuyer ses dires.


Mardon regarda l'arme avec envie, et se demanda si son vieil ami ne cherchait pas à l'intimider, pour revoir la couleur de ses vingt dollars.

- Ecoute vieux, dit-il, je suis fauché comme les blés en ce moment, mais je te promets que je te rembourse l'intégralité de mes dettes la prochaine fois. Je suis désolé pour le braquage, vraiment.

Il ajouta, presque pour lui-même :

- Saloperie de wet-back !

Wil approuva en silence, et s'assit à son poste, derrière la caisse enregistreuse neuve. Trent fureta dans les rayons, et se fit plaisir en choisissant une bouteille de jus dorange, une plaquette de bacon, ainsi qu'une douzaine d'oeufs. Puis il réfléchit et prit une boîte de légumes verts, à faire réchauffer dans leur jus. Il retourna à la caisse, et Hanratty compta les articles. Trent vit bien le coup d'oeil interrogatif qu'il lui jeta, mais ne prit pas la peine de lui expliquer sa situation. La machine neuve cliqueta et émit des « bips ! » satisfaits, en enregistrant le prix des denrées. Puis le ticket imprimé sortit dans un grognement de machine. Wil le lui tendit en lisant le total à voix haute :

- T'en as pour huit dollars et vingt-cinq cents.



Lorsqu'il vit le billet que son client lui sortait, il lâcha un petit sifflement admiratif, et dit aussitôt :

- Dis donc, toi aussi t'as dévalisé un brave commerçant ?

Mardon sourit, affichant sa joie d'avoir un peu de fric, et de ne plus passer pour un pique-assiette

- Je te paie la moitié de ma dette, o.k ? Je préfère garder le reste, j'ai dautres courses à faire...

Wil devait voguer quelque part entre Vénus et Jupiter.

- pas de problème, le client est roi !

Hanratty emballa les marchandises dans un sac plastique transparent. Il le salua, et retourna à ses occupations, sans poser d'autres questions. Il n'aurait rien su de plus, de toute façon. Trent n'avait aucune envie qu'on lui pique le boulot sous le nez. Pas si près du but.

Il n'avait pas prit de petit-déjeuner aussi copieux, depuis deux bonnes années. Son métier de plongeur pouvait lui permettre un petit extra chaque mois, mais il ne raffolait pas de viandes ou de fromages dès le lever du jour. Mais aujourd'hui était un jour de fête, et il fallait marquer le coup.

Le bacon tressautait d'allégresse dans une vieille poêle cabossée, et l'odeur qui s'en dégageait lui mettait l'eau à la bouche. Il fit également dorer trois oeufs sur le feu d'à côté. Il les aimait cuit recto verso, coriace et tendre à la fois. Lorsque la viande de porc eut rétréci d'un tiers, il la versa dans une assiette propre. La seule, d'ailleurs, qui était aussi la dernière non ébréchée. Les oeufs suivirent, et il s'attabla sans plus attendre. A la première bouchée, il crut qu'il allait encore vomir, comme le matin de ce jour ou un sandwich lui avait fait prendre conscience de sa misère.

Comme quoi, l'estomac s'habitue bien à n'importe quoi, se dit-il.

Petit à petit, son dégoût passa, et il fut même un peu déçu de voir son assiette vide. Il s'enfila de suite deux verres pleins à ras bord de jus d'oranges, de Californie, bien entendu.

Parfois, on pouvait vraiment se demander si les oranges pouvaient venir d'ailleurs que de cet état. Enfin, ce n'était sans doute pas pour rien qu'on avait choisi ce fruit pour figurer sur la plaque minéralogique de l'état ensoleillé.

Trent s'essuya la bouche d'un revers de la main, et allait s'occuper de vider ses intestins, quand on frappa à la porte. Il hésita entre faire la sourde oreille immédiatement, ou regarder dans l'oeilleton avant de faire la sourde oreille. Il se ravisa tout de même, pas par acquis de conscience (s'il en avait une, il ne serait probablement pas ici) mais au cas ou ce serait ce bon vieux proprio, avec son regard de « moi je me débrouille dans la vie ». Mardon pourrait alors lui brandir deux billets de cent, et il aurait l'immense joie de voir le regard de ce petit péteux se métamorphoser.

Il courut vers le battant et ouvrit sans regarder dans l'oeilleton auparavant. Un homme d'une stature moyenne, portant une ombre de moustache (comme celle que se dessinent les gosses le jour d'halloween, pour ressembler à un faux mafieux) et un complet gris anthracite le regardait de ces yeux verts cruels. Trent ne le salua pas de suite, tant étonné et aussi un peu désillusionné qu'il ne s'agisse pas de Mr.Lorsio.

L'homme à la moustache en crayon ne se présenta pas, et déclara, sans autre transition :

- Vous avez été sélectionné parmi les cinq derniers dossiers. Voici une petite récompense. Mr.Gemmer vous remercie et espère que vous serez le dernier en lice.

Il tendit alors une enveloppe peu volumineuse, que Trent attrapa, plus par réflexe que parce qu'il avait saisit le sens exact des paroles de l'homme. Celui-ci n'attendit pas la réponse de Trent, et tourna les talons.

Son maître pouvait être fier de lui, il avait bien récité sa leçon. Mardon s'attendit presque à voir le mafieux s'autodétruire en ouvrant la porte des escaliers (saleté d'ascenseur !). Bien entendu, il n'en fit rien, comme pour narguer le pauvre chômeur encore une fois de plus. Il referma la porte, et Trent entendit ses pas claquer sur les marches bétonnées de frais, depuis trois mois.

Il devait être à peu près onze heures, et l'immeuble se réveillait seulement. Les quelques prostitués habitant là rentraient sans hâte, après un ou deux extras du matin. Le locataire de l'appart voisin passa sans un geste ni une parole, et le verrou tourna deux fois. Des chaînettes s'enfilèrent, et il y eut même un cadenas qui claqua. Là, seulement, Trent rentra dans son appartement, et poussa la porte de la pièce qui combinait les fonctions w.c-salle de bain.

Il baissa son pantalon, et compta méthodiquement les billets de l'enveloppe. Il allait finir par savoir ses tables de multiplications.

6. L'attente.

Deux jours après la visite de l'androïde larbin de deuxième classe, Trent attendait toujours. Il n'avait pas eût de nouvelles depuis sa remise de l'enveloppe qui contenait trois cents dollars, et commençait à se demander si Mr.Gemmer ne l'avait pas oublié.

Il avait reprit son train-train quotidien, à la différence près qu'il ne mangeait plus de sandwich poulet-ketchup, et qu'il ne voulait plus jamais en manger. Malheureusement, le fric du vieux allait bientôt se tarir.

Il avait payé son proprio, qui avait bien failli en avaler son dentier acheté par correspondance. Les journaux qui symbolisaient son ancienne vie, celle-là même qui revenait petit à petit, avaient été balancé à l'incinérateur de l'immeuble. Mardon passait sa journée à regarder la télévision et à se balader en ville, pour tenter de récupérer quelques piécettes. Ce n'était pas dans son naturel de vouloir économiser, mais l'enseignement du sandwich avait été on ne peut plus clair. Il ne voulait plus être réduit à se nourrir de choses qu'il naimait pas. Il ne voulait pas travailler des heures pour un salaire minable.

Il voulait être le parfait parasite.

Vivre dans le crime, ne rien donner à la société et à l'état, et ne pas donner l'aumône, même s'il la recevait parfois.

Après son déjeuner, il quitta son appartement pour partir faire un brin de mendicité. De gros nuages noirs s'amoncelaient au-dessus de la ville, et les buildings semblaient vraiment gratter l'orage en préparation.

En attendant le déluge, une chaleur moite et étouffante régnait. Pour un peu, on s'attendait à voir des lianes pendre des lampadaires. Un groupe de jeunes immigrés se passaient des bouteilles enrobées d'un sac en papier brun. On avait beau dire aux gens de ne pas être raciste, on ne pouvait s'empêcher de voir ces pauvres diables. Et que la plupart des cambriolages perpétrés dans les quartiers résidentiels soient l'oeuvre deaméricains de pure souche avait peu d'importance. Les riches auront toujours de l'argent pour racheter des meubles ou des bijoux. Tandis que les plus pauvres ne peuvent que crier « au voleur ».

Trent passa devant le petit groupe, la tête basse. Il ne se sentait ni trouillard, ni lâche. Mais il avait peur que ces personnes voient son mépris dans ses yeux. Il n'aimait pas les gens dans leur genre. Qu'ils soient chicanos, wet-back, portoricains, italiens, ou fils de martiens, il n'en avait cure. Mais qu'ils vivent de casses chez les commerçants du coin l'enrageait. Ou plus exactement, il ne comprenait pas pourquoi des jeunes gens qui avaient sans doute connu la misère s'en prenaient à des honnêtes (pas toujours, mais quand même) vendeurs, qui avaient déjà du mal à joindre les deux bouts à la fin du mois. Il se rappelait les paroles de son ami Wil.

La semaine dernière, un de ces salopards de chicanos m'a braqué, et à emporté la caisse, ainsi que ma montre et mon portefeuille.

Trent bouillait intérieurement. Il voulait se retourner et allonger deux ou trois de ces types, avant de tomber à son tour. Mort poignardé, avec un peu de chance. Il serra les poings et ses articulations devinrent blanches. Dans son enfance, il n'avait jamais été le défenseur des opprimés.

La voix de Wil en rajoutait et répétait encore et encore ses paroles, sorte d'échos fantomatiques et déments.

La semaine dernière

un de ces salopards de chicanos m'a braqué

un de ces salopards de chicanos m'a braqué, et à...

- Eh, toi !

Trent se retourna. Dans le bruit assourdissant des paroles de Wil, il avait dépassé le groupe sans faire d'esclandre. Mais un jeune avait l'air mécontent. Les cheveux gominés, à la mode des mythiques sixties, et la barbe apparente, il appelait Trent de la main. Celui-ci, interloqué, se retourna et entreprit de continuer son chemin. Il avait réussit à vaincre son esprit tordu, il n'allait pas répondre aux insultes et aux appels de ce jeune con.

Mais ledit con n'en entendit pas de cet oreille. Il balança la bouteille de vodka à moitié pleine dans le dos de Mardon, et accompagna son lancer du geste du majeur. Le geste universel, qui traverse contrées et mythes pour rebondir et corrompre d'autres sociétés plus lointaines. Trent se raidit lors de l'impacte, et entendit la bouteille retomber au sol et éclater en éclat. Il ne sentait rien. Pas un tiraillement à l'endroit du choc, pas un picoti.

Tout à coup, la douleur l'irradia, et une flopée de papillons noirs dansèrent devant ses yeux.

Le lanceur ne l'avait pas atteint entre les omoplates, comme il l'avait cru, mais sur un os des vertèbres affleurant la nuque. Trent se força à rester debout. Il ne devait pas s'évanouir, ou ces petits imbéciles le tueraient. Les gens qui marchaient aux alentours commençaient déjà à rentrer chez eux.

La foule devait pressentir la haine électrique et gratuite du petit groupe.

Comme les mouches sentent que la merde est bien fraîche.

Une fois en sécurité dans leur logement pourri, ils écarteraient les rideaux d'un doigt, pour suivre la scène. Si toutefois ils avaient la chance d'habiter dans le coin.

Trent se retourna et vit les petites frappes qui s'approchaient, d'une démarche chaloupée, qui se voulait, sans doute, angoissante. Aucuns d'eux n'avaient sorti de couteaux ou de poings américains, en revanche, ils se faisaient craquer les os de la main avec délectation.

Pour changer, il n'y avait aucun flic en vue.

Jamais là quand on à besoin, ceux-là, se dit Trent avec amertume.

Il avait le choix entre trois solutions. Soit-il faisait face et tenter d'en blesser un ou deux avant de tomber, soit-il s'enfuyait à toutes jambes et risquer de se faire rattraper, soit-il discutait. Il choisit la troisième solution, la plus pacifique, ou la plus désespérée. Les quatre malfrats arrivaient vers lui sans se presser.

Il devait avoir l'air d'un faon prit dans les phares d'une voiture, alors que sa mère a déjà traversé la route et le regarde de l'autre côté de la chaussée.

- Les gars, commença t'il d'une voix mal assurée, on pourrait peut-être s'entendre

Quelques ricanements répondirent à sa phrase à peine commencée. Il continua néanmoins, la voix de plus en plus tremblante, au fur et à mesure que les jeunes approchaient :

- Ecoutez, je n'ai rien contre vous, et si je vous ai manqué de respect sans le savoir ou le vouloir, dites-le moi.

Encore une fois, rien de plus que des moqueries et des petits rires sonnant faux.

- Voilà ce je vous propose, on oublie tout, je repars tranquillement, je me tais, et vous rentrez chez vous.

Celui qui paraissait le plus vieux prit enfin la parole, avec un accent latino forcé. Il devait être de la deuxième ou troisième génération d'immigrés. Celle qui recherche ses origines.

- Escucha me, mec, nous, on a rien contre toi. Mais on doit te tuer, et pas te laisser filer. Alors, soit-tu restes bien tranquille, et tout se passera bien, tu ne souffriras pas. Soit-tu joue le hijo de puta, et on te baise à mort, pigé ?

Trent commençait à avoir peur. En fait, il était vert de frousse. Il hésitait entre écouter ces types et se laisser faire, ou prendre ses jambes à son coup.

Le dilemme fut résolu par l'arrivée d'une voiture noire qui se gara en travers du trottoir, séparant le groupe violent de la victime désigné par un destin ingrat. Trent ne pouvait pas voir ceux qui se trouvait dans cette voiture, car elle avait des vitres teintées à l'extrême , mais il remerciait intérieurement le chauffeur. Les quatre tarés affichaient une surprise inattendue. Pour une fois qu'on les empêchait de sévir !

Trent fut alors témoin d'une scène qui marqua le déclin de sa vie déjà bien en pente.

Il entendit une dizaine de détonations sourdes, et les agresseurs tombèrent sur le trottoir. S'ensuivit un bruit métallique à côté des corps, et la voiture répartit de suite. Au total, tout cela n'avait pas du durer plus de deux minutes, et Mardon était là, regardant la caisse s'éloigner à vive allure, avec quatre cadavres encore chauds, perdant leur sang par litres dans le caniveau.

Au loin, des sirènes se firent entendre. Comment cela se faisait-il que les flics, apparemment à des kilomètres un instants avant, arrivaient une minute après un crime sans bruits, et sans meurtriers. Peut-être qu'après tout, les commères postées aux fenêtres avaient décidé d'intervenir. Toute cette étrange histoire pourrait bientôt finir, sans qu'il eût aucune ecchymose. Trent regarda les corps sans vie, bien qu'il n'y soit pas vraiment obligé. L'objet métallique qui avait était jeté était un flingue de petit calibre, sur lequel était vissée un cylindre noir. Un silencieux, comme dans les films de James Bond.

Les hululements des voitures de police se rapprochaient de plus en plus. Lui, ne bougeait toujours pas.

En face de lui, à la fenêtre d'un immeuble, une tête sortit et pointa son doigt dans sa direction. Une voix nasillarde brailla le plus fort possible :

- Bouge pas toi, les flics arrivent, et tu vas finir au trou, je peux te le dire, je les appelé, et je veillerais à ce que justice soit faite !

S'il était innocent, pourquoi un témoin le montrait du doigt en le disant coupable ?

Sans approfondir sa réflexion, il prit la fuite, ramassant au passage le 9 mm encore tiède. Il était innocent, et il n'avait pas envie de croupir en taule pour rien.

Il se dirigea vers son appartement. Si le temps jouait pour lui, il pourrait récupérer l'argent qui lui restait, et essayait de disparaître dans la nature. Il se rua dans les escaliers et déboucha dans son couloir comme un vrai fou.

Avec ses joues enflammées, ses cheveux hirsutes et une flamme un peu trop brillante dans ses yeux, on aurait pu le prendre pour un criminel complètement barjot. Sa porte était ouverte. Trent ne s'en formalisa pas, et alla droit vers le lit. Il souleva le matelas et les draps, pour les balancer contre le mur proche. La liasse de billets restant n'était plus là. Un petit coffret reposait à sa place. Il s'en saisit, sans se poser plus de questions. Il ne lui restait plus beaucoup de temps.

Il ouvrit l'unique fenêtre de son appart, et se laissa tomber sur la passerelle de l'escalier de secours. Les escaliers de secours du coin devaient plus servir à des fuites ou à des lieux de beuverie nocturne qu'à sextirper des flammes d'un incendie. Il se retourna une dernière fois, et passa son dernier lieu de vie en revue. Il mémorisa l'image, pour la garder bien au chaud. Car quelque chose lui disait que les temps à venir seraient durs, plus durs mêmes que tout ce qu'il avait déjà vécut. Et surtout, qu'il ne reviendrait jamais ici. Pas vivant, en tout cas.

7. Surprises.

Il descendit les escaliers en fer qui grinçaient à chaque marches, comme pour signaler sa fuite éperdue. Les sirènes continuaient leurs déclarations bruyantes, et Trent devina que une ou deux ambulances s'étaient jointes au concerto en « PIN-PON » majeur.

Il fuyait, mais vers où ? Le parc n'était pas très fréquenté par les forces de l'ordre, mais une foule de gens y grouillaient. Et ils ne demandaient pas mieux que de toucher une quelconque récompense pour un témoignage oculaire. Il arriva en bas de l'escalier et sauta les deux mètres qui le séparaient du sol. Il avait mis un immeuble entre lui et les flics, mais ce n'était pas encore suffisant. Il partit donc en courant dans la ruelle jonchée de détritus, filant vers Maccaris avenue. Car il ne connaissait qu'une personne susceptible de le cacher pendant quelques jours : Mr.Gemmer en personne.

Peut-être, après tout que le vieux aurait un peu de respect, ou de pitié pour lui.

Cela lui était égal, à partir du moment où on le cachait à la vue des poulets durant une bonne semaine. Après, eh bien, il improviserai. Il déboucha de la ruelle comme un fou, et ralentit son allure, pour paraître à peu près normal. Un jeune homme sans le sou, qui marchait tranquillement, pour aller sans doute mendier. Trent faisait en quelque sorte partie du paysage du quartier des affaires. Il y était aussi indispensable que les hommes aux traits tirés, portant des mallettes à codes et des manteaux en cachemire arrivant à mi-mollets.

L'arme du crime frottait sa cuisse droite, et il se demandait s'il oserait sans servir, au cas où.

Il souhaitait ne pas en arriver là, car il valait mieux éviter de tirer sur un policier, ou pire d'en tuer un. Tous les flics sont un peu frère, et font partie d'une grande famille. La secte des Schtroumfs, ou la confrérie des bleus.

Il marchait d'un pas pressé sur l'extrême bord du trottoir, quand une voiture de la police de God Gold se pointa, à allure ralentie. Il baissa la tête, mais ne freina pas sa marche vive. Il sentait confusément le regards des occupants de la voiture peser sur lui. Ou peut-être n'étais-ce encore une fois que de la pure paranoïa aiguë. Toujours est-il que la bagnole finit par passer son chemin, sans déclencher ses sirènes. Cela voulait sans doute dire que son signalement n'avait pas été encore diffusé par Radio Flicarde.

L'avenue n'était plus qu'à une centaine de mètres de là. Il se concentra sur la plaque qui indiquait le nom de ce qui l'espérait être son salut provisoire. Soudainement, il se mit à trotter.

Après tout, les gens du coin n'en avaient rien à faire. Des personnes pressées, il y en a partout, sans pour autant que ce soit des criminels en fuite. Il réussit à sourire en voyant le vendeur (et travesti de service) qui servait une vieille dame.

Si seulement elle savait à qui elle achetait ses denrées !

Le numéro 111 s'afficha enfin, et Trent se rua pratiquement sur la porte. Il tambourina follement l'épais battant, en appelant Al. Sa voix lui répondit sans pour autant ouvrir la porte :

- Entrez vite, la patron vous attend.

Mardon ne se fit pas prier, et appuya sur la poignée. Il pénétra dans l'atmosphère sombre et sentant le vieux cigare de contrebande du domaine de Mr.Gemmer.

Le vieux était là, assis derrière une table, dans la première pièce. Trent remarqua sans y penser plus longtemps que la nappe qui recouvrait la table était posé n'importe comment : Des creux et des bosses lui donnait un petit aire de chaos, incongru, en ce lieu. Papy maffieux fit signe à Trent de s'asseoir. Il le fixa à travers la fumée d'un cigare qu'il venait d'allumer.

- Tu as de petits ennuis ?

Mardon répondit oui de la tête, à peine étonné que les nouvelles aillent plus vite chez les trafiquants, que chez les flics.

- Je ne peux rien faire pour toi. Je voudrais bien t'ai

 

TRENT

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Lien direct Le 28 Septembre 2003 à 18h50

Mardon n'y pouvait plus, il devait ouvrir la bouche, dire au moins quelque chose. On tuait devant ses yeux quatre innocents (on ne leur avait pas laissé le temps d'être des meurtriers) et en prime on l'accusait à tort. Comme par hasard, un vieil homme qu'il ne connaissait que vaguement, l'introduisait chez lui, et lui fournissait gratuitement des armes, et des munitions.

- Ecoutez, commença t'il, je ne sais pas ce que...

Al ne le laissa pas aller plus loin.

- Mr.Gemmer vous à dit de ne pas poser de questions inutiles. Vous souhaitez peut-être perdre votre temps, pas nous. Prenez tout ce que vous voulez et filez.

Le gorille appuya ses dires de froncements de sourcils qui se voulait menaçant.

Trent n'avait surtout pas envie de se faire un ennemi pareil.

Pas avant que les armes soit entre ses mains, en tout cas.

Il ramassa le sac de voyage bleu, et entreprit de choisir quelques armes. Il ne s'y connaissait pas vraiment, et attrapa deux pistolets de taille moyenne, parce qu'ils attiraient l'oeil. Comme il prenait son temps, sans penser à mal cependant, Al prononça une dernière sommation :

- On n'a pas toute la nuit, Trent, si vous vous sentez capable de porter quinze kilos de ferraille, embarquez tout, et « bye-bye ». Daccord ?

Mardon ne se fit pas prier, car les froncements de sourcils du garde du corps étaient vraiment devenus menaçants. Il balaya la table de la main et ramena toutes les armes sur le bord. Puis il ouvrit son sac en grand en dessous du tas, et commença à renverser les armes. Elles tombaient avec un cliquetis un peu étouffée, et Trent espérait qu'elles étaient déchargées. Il n'avait pas envie de se retrouver avec un trou dans la main, ou dans la tête.

Lorsqu'il eût fini, le sac pesait effectivement ses quinze kilos annoncés, si pas plus.

Le vieux lui tendit alors un petit carton qui devait faire largement trois kilos. Sans un mot de plus, les deux hommes lui montrèrent la sortie du doigt.

Trent passa les bandes du sac sur ses épaules, et décida qu'il ne fallait mieux pas poser de questions, comme on le lui avait dit. Il posa la main sur la poignée de la porte, mais une ultime parole de Mr.Gemmer le retint un instant :

- Trouves un coin tranquille, loin des flics, ouvres le carton, et le coffret qu'on à fait déposer chez toi. Permets-moi de te dire que tu as été notre plus belle affaire.

Là-dessus il partit sur un petit rire sec, un brin inquiétant.

Trent aurait voulu ouvrir la bouche, mais il regarda Al et vit à nouveau ses terrible sourcils qui s'amoncelaient, tels des cumulus orageux. Il sortit et referma la porte derrière lui.

Qu'avait voulu dire le vieux ? De quelle affaire s'agissait til ? Mieux valait pour lui ne pas trop réfléchir. Pendant un instant, il hésita. Il pouvait peut-être prendre l'arme que le gorille avait chargé, et menacer le vieux, lui demander de tout lui raconter.

Mais d'un autre côté, cet Al l'aurait tué sur place, avant même qu'il n'ait pu dire « haut les mains ».

Il tenait tout de même à laisser un petit souvenir à ces deux enfoirés salvateurs. Une caisse noire était garée devant la baraque de Gemmer. Une caisse noire avec des vitres teintées. Teintées à l'extrême.

Il entreprit de crever les pneus avec un couteau pliable, qu'il avait emporté de chez lui. Lorsque les quatre furent en train de faire des « pffuits », Trent chercha un taxi des yeux.

Il y en avait un garé pas très loin.

Mardon couru vers le taxi jaune à damier noir, et vit dans le reflet du rétroviseur, que son conducteur lisait le journal. Il tambourina gentiment la fenêtre côté passager, mais l'homme au volant sursauta tout de même. Il devait être sans cesse sur le qui-vive, dans le coin. Et il devait surtout être soit très fatigué, soit complètement taré pour rester au volant de sa voiture, plus de deux minutes, dans cette avenue.

L'homme avait les traits tirés, et Trent cocha mentalement la case de la réponse à son énigme précédente. La vitre de la bagnole s'abaissa doucement, en couinant légèrement. Il faisait très chaud pour un milieu d'automne, et on aurait pu faire frire des oeufs sur le capot de la voiture.

L'homme replia son journal et salua Trent d'un doigt :

- Où voulez-vous aller ?

A vrai dire, il ne savait pas vraiment. La campagne qui entourait la ville, à environ vingt kilomètres du centre, pourrait sans doute lui assurer une tranquillité durable, mais lui et les champs de maïs, ça faisait cinq. Et puis, la police avait sans doute disséminé quelques barrages de contrôles, de-ci de-là. Il ne voyait guère plus qu'une seule adresse, qui soit à la fois sûre, et peu onéreuse.

- Emmenez-moi au Humper hôtel.

Le chauffeur le regarda un instant, comme pour pouvoir du visage (si calme en apparence) du taré qui voulait aller dans cet hôtel de pervers et de tueurs.

Bah, ça lui fera sûrement une bonne anecdote à raconter à sa femme, ou à ses collègues, se dit Trent.

Sans poser de questions (se disant en fait qu'il ne fallait mieux pas contrarier un cinglé pareil) , le chauffeur déverrouilla les portières et fit signe à Mardon de prendre place. Une fois qu'il fut installé, le compteur se mit en marche et le taxi prit la direction de la banlieue la plus sordide de God Gold : Brieds lot.

A mi-chemin, le chauffeur osa observer Trent, dans son rétroviseur. Lorsqu'il vit celui-ci relever la tête soudainement, et le regarder, il tenta de s'expliquer en hésitant :

- Excusez-moi de vous dévisager ainsi, mais je dois avouer que vous m'intriguez. Vous n'avez pas l'air dun cinglé, d'un maniaque sexuel, ou encore moins d'un tueur. Si vous me permettez bien sûr.

Trent n'ajouta rien, laissant l'homme mariner dans son angoisse naissante.

- Remarquez, ajouta til, ce n'est pas l'apparence qui fait l'homme. Tiens, ça me rappelle la fois ou un type vachement propre sur lui-même, et en costard cravate de marque, le genre de ceux qui me coûterait trois mois de boulot, m'a demandé de l'amener au bordel, un peu plus bas, dans une ruelle parallèle à c'te bon dieu de Maccaris avenue.

Le bonhomme s'échauffait au fur et à mesure de son monologue argumentatif au rabais. Plus ça allait, plus il écorchait les mots, et lâchait des bordées d'injures. Il devait se croire avec un bon pote, et pas avec un client anonyme.

- Donc, là, j'le regarde, et je dis rien, parce qu'il avait vraiment l'air sérieux. Au hasard, je décide de me marrer un bon coup, histoire de dire que je trouve sa blague drôle. Mais, nom de dieu, v'la t'y pas que le gars chicos me regarde droit dans les yeux et me redit sa destination, en appuyant bien sur les mots. Alors, vous pensez bien, moi je me tais, et décide de l'emmener tirer son coup là-bas. Aussitôt arrivé, il regarde les putes qui lui faisaient de l'oeil à travers la vitre de ma caisse. Et là, en un éclair, y me dit qu'il veut que je le ramène chez lui, dans Brood street, pour qui fasse ça avec sa femme, parce que, même si elle est moche, ça lui coûtera moins cher. Je peux vous dire que c't'histoire est devenue un mythe, chez les conducteurs de taxi !

Trent attendit un instant, pour faire plus naturel, et se mit à rire poliment. Même si cet imbécile n'avait fait que l'emmerder un peu plus, il valait mieux le soigner. Il inventa rapidement un mensonge bidon, pour que le chauffeur se souvienne de lui comme étant un honnête homme.

- Ce n'est pas ce que vous croyez ! Je travaille là-bas, comme plongeur. Je prendrais bien une autre place, mais un boulot est un boulot. A moins que vous ne vouliez plus de votre taxi ?

Le chauffeur s'esclaffa bruyamment.

- Je suis vraiment confus de vous avoir pris pour ce que vous n'étiez pas ! Je m'appelle Lloyd Jigger.

- Enchanté, Lloyd, répondit Trent.

Un silence bienfaisant s'ébaucha alors, entrecoupé parfois de commentaires que faisait Jigger.

Brieds lot s'annonça, avec les premières voitures brûlées. Trent reconnut même une voiture de flic, carbonisée, grâce au gyrophare à peu près intact qui était juché sur le toit.

Parfait, se dit-il, vraiment parfait.

Rassuré, il discuta avec son chauffeur, histoire de tuer un peu le temps.

- Dites, Lloyd, vous n'avez pas peur de traîner par ici ?

L'homme grogna et répondit, torturant les mots plus que jamais :

- V'savez, moi, j'connais du monde dans le coin. Des gosses et des mecs influents. Dès qu'ils voient s'pointer mon taxi, ils préviennent les autres gus de pas le canarder.

Il ricana à nouveau, sans doute satisfait d'avoir convaincu son client de la sûreté de son taxi.

A cette heure-ci, les damnés du quartier commençaient à envahir les rues. Quelques-uns uns saluèrent Lloyd, qui leur répondit d'un coup de klaxon.

Trent ferma les yeux, et ne les rouvrit qu'un quart d'heure plus tard, lorsque le taxi de Jigger s'arrêta devant le Humper hôtel. Il était seulement seize heures, et la journée ne faisait que commencer.




A suivre...

 

TRENT

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Lien direct Le 28 Septembre 2003 à 18h53

(Roman écrit par Simon Boutreux)

 

Pouzy

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Lien direct Le 28 Septembre 2003 à 18h56

Ouah ... la flemme de lire Mort de rire !
Et puis, la suite des aventures de pouzy, c'est pour quand ?Confus?:Clin d'oeil

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TRENT

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Lien direct Le 28 Septembre 2003 à 18h56

je l'ai mi en plusieur poste car javait depaser le max de letres dans un

 

TRENT

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Lien direct Le 05 Octobre 2003 à 21h10

Citation de Pouzy

Ouah ... la flemme de lire Mort de rire !
Et puis, la suite des aventures de pouzy, c'est pour quand ?Confus?:Clin d'oeil



c pret mais j'ai la fleme de le metre sur le net :-P

 

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